« Elle était si jolie… » La rengaine commençait à lui peser. Radio Nostalgie, la seule radio que sa grand-mère tolérait sur le poste de la salle à manger, passait cette chanson niaiseuse tous les jours à la même heure. A la troisième tartine. Ca lui faisait une belle jambe d’être jolie. Sa mère le lui disait. Rebecca, chaque fois qu’elles sortaient le samedi soir, lui disait aussi. Les copines de sa grand-mère. Le patron du tabac. Mais ça servait à quoi d’être jolie, à quinze ans, dans ce bled paumé ? A entendre les réflexions débiles des boutonneux du coin. A se faire suer tous les jours à lire les livres que la prof de français avait conseillés avant les vacances. Celle-là, elle la retenait avec ses conseils ! Sa mère, évidemment, les avaient tous achetés ses bouquins à l’autre intello. « Agrégée à 22 ans, tu te rends compte ! » Non, elle se rendait pas compte. Et que sa mère ne compte pas sur elle pour être une surdouée à lunettes. Elle était si jolie, et elle comptait bien en profiter. Le plus tôt possible. Dès qu’elle aurait quitté ce trou à rats. Les vacances, normalement, ça sert à rencontrer l’amour de sa vie. Celui qui occupera les conversations à la rentrée. Mais là, elle parlerait de quoi ? Du remplaçant du facteur qui était leur seule visite quotidienne, avec son teint de souris albinos ? Du petit-fils du voisin, myope comme une taupe, et âgé de treize ans avec un âge mental de dix ? A part ce défilé animalier, rien à voir. Circulez ! Les vacances, c’est la mort.
Elle était si jolie.
C’est la dernière phrase qu’avait prononcé mon cher et tendre concernant son ex maitresse. Enfin, c’est ce que je croyais. Je n’aurais peut être pas du lui lancer la poêle au visage quand il a dit ça. Parce qu’aux urgences, elle était là. Je voulais pas l’entendre, je me suis collée Christina d’Anaïs aux oreilles, béni soit mon lecteur mp3 de toutes façons. Je me passe la chanson en boucle, deux points de suture, et c’est fini.
Les points, tu crois qu’on pourra me les coudre à vif? j’aime pas les piqures.
Il me fait sursauter, j’angoisse. J’enlève mon casque, je lui souris. Je tourne la tête, je la vois qui attends, je le supplie du regard de ne pas la suivre.
Non, il vaut mieux pas.
Tu me prends pour une chochotte?
Non, mais il vaut mieux pas.
Il se lève, il la suit, c’est fini, je le sais, il ne reviendra pas, je pleure.
Une blouse blanche s’approche de moi, la salle d’attente est vide, je suis seule, je me sens seule. Il s’assied à côté de moi.
Pourquoi pleurez-vous mademoiselle?
Il me tend un bout de papier absorbant immaculé, du PQ je suis sûre. J’essuie mon mascara qui coule, il me sourit. Je n’ai pas envie de parler, juste de m’effondrer.
Elle est jolie, mais vous savez, c’est une vraie salope, son seul fantasme, c’est de se faire un mec pris, marié, elle est comme ça, elle m’a fait le coup.
Je sanglote toujours, j’ai l’impression de me transformer en phoque qui appelle sa maman. Je veux qu’il parte, et je veux qu’il revienne. Mon téléphone vibre, je sors, les téléphones sont interdits, même dans la salle d’attente, une autre blouse blanche me foudroie comme si je venais de débrancher l’assistance respiratoire de son fils. Je suis dehors, je décroche, on me parle, je ne comprends rien, pourtant mon interlocutrice parle bien français, c’est ma meilleure amie d’ailleurs, mais je ne la comprends pas, je raccroche sans rien dire, le téléphone vibre encore, toujours elle, je ne décroche, j’envoie juste un SOS par mini message. La blouse blanche au PQ me rejoint, me file un xanax. Je ne le regarde même pas, je gobe le cachet, je vais à la voiture, et je me pose, le siège abaissé à fond, les pieds sur le volant. J’attends, il n’y a que ça à faire. Une heure se passe, j’ai toujours le regard dans le vide, je me cache derrière mes lunettes de soleil, c’est toujours pratique. La porte passager s’ouvre, le voici, avec ses deux points de suture et tout un côté du visage rouge. Je ne dis rien.
On peut rentrer?
Je ne dis toujours rien, je remonte mon siège, je descends mes pieds du volant, je démarre.
Qu’est ce qu’il y a?
Je reste muette, comme victime d’aphasie, au fond de moi j’ai envie d’hurler.
On arrive, je me gare, je réussis même mon créneau du premier coup, je meurs d’envie de lui demander pourquoi il a la face rouge, surtout du côté opposé aux points, ca ne doit pas être une allergie à l’anesthésie.
Elle était si jolie tu sais, j’ai été faible, pardonne-moi.
J’étais en train de ramasser la poêle…
Cette introduction s’adresse à Johnconnorsan: Toute ressemblance à des éléments réels est un hasard. Un pur hasard, je ne suis vraiment pas du genre à puiser mon inspiration dans des faits réels. Et comme ce texte est super nul, que c’est juste une invention bidon, pas la peine de le faire lire!
Elle était si jolie. Elle est si jolie, même si de suite elle n’est pas devant mes yeux….. ses yeux… heu… Mais je pense qu’elle est toujours aussi jolie que tout à l’heure. Et peut être même que tout de suite c’est encore mieux. Il fait lourd, elle est sortie du travail, a enlevé son uniforme.
Elle était si jolie la première fois que je l’ai vue. La deuxième tout autant. Je me souviens d’ailleurs que j’avais été surpris par son bonjour-bise pour lequel elle avait créé un contact physique en m’attrapant les bras. Mais bon, dans la culture des gens de l’est le contact physique est plus aisé non? Enfin c’est du moins ce que je me suis dit, même si mon regard avait sûrement exprimé le contraire.
Là j’étais venu dépanner un problème de petits carrés qui s’affichait lors de l’impression des demandes de congés. Bah oui il y a des malheureux qui ne sont pas encore en vacances.
Pendant que la version 9 d’adobe reader s’installait (s’il y a un geek qui passe dans le coin, j’avais le binaire d’installation sous la main, la flegme de télécharger la toute dernière version) (en espérant que ça résolve le problème), Elle est venue s’assoir à coté avec un saladier de cerises.
j’ai engagé la discussion sur le week end, elle a répondu en expliquant qu’elle s’est endormie devant Shrek 4. Bref rien d’intéressant Mais ses yeux étaient restés droits devant les miens lors de la discussion. Lesquels ont répondu durant ces longues minutes en faisant de même (voui l’ordinateur a 10 ans adobe c’est assez long à installer, et puis j’ai pris mon temps).
On a discuté aussi de la maîtrise de la langue anglaise, mon regard noisette dans les deux océans azurs d’en face.
Peut être que je l’inviterai voir la fin de Shrek et vérifier par la même occasion que j’ai bien interprété le langage des yeux. Là il y avait trop de monde autours.
Elle était si jolie, avec sa robe rouge à petits pois noirs… Elle allait, à travers champs, toute la journée. Mais que pouvait-elle trouver à faire ainsi ? A vrai dire, elle flânait, ni plus, ni moins, vivovant de ce que la nature lui offrait. Parfois, elle croisait ses amis, ils s’arrêtaient alors tous un instant, à l’ombre d’un grand arbre ou d’une petite brindille et se mettaient à disserter sur le monde et ses vicissitudes. Quoi de plus tranquille que cette vie de plein air. Elle ne connaissait ni les soucis de logement, ni de nourriture… Elle menait finalement une vie simple, se déplaçant par ses propres moyens, profitant des belles journées d’été et se mettant à l’abri quand la mauvaise saison revenait.
Oui, elle était vraiment jolie, elle était mon amie, je crois même que j’en étais un peu amoureux… Vous rendez vous compte, moi, Vermer le ver, amoureux d’Alphonsine la coccinelle… Une histoire improbable qui se termina avant même d’avoir commencée, le jour où Alphonsine ne revint plus jamais dans notre champ, je ne sus malheureusement jamais ce qui lui était arrivé…
Allez hop, à vos claviers !!!!
Et oui, l’été est là, la chaleur couve et les corps se dénudent… Les hormones sont en ébullition… Ah… l’été… période propice aux rencontres… et si, cet été, nous tombions sur cette si jolie fille… qu’en adviendrait-il ?????
Alors, pour ce nouveau défi, vous avez jusqu’au 14 juillet, et vous devez commencer votre texte par l’incipit suivant: « Elle était si jolie… »
_ Le château est sécurisé. Fait John
C’est un reste de son langage militaire ça signifie juste qu’il n’y a plus de danger immédiat à signaler, pas que nous sommes en sécurité.
Il me dit qu’il compte sur moi pour demain. Si je le souhaite il ne m’imposera pas de tours de garde. La nuit sera répartie entre Emma, Léon et lui. Je refuse, lui disant que je prends le premier quart.
_Tu n’as pas pris de ta potion miracle pour rester éveillé?
_Non, je ne réfléchis pas sous adrénaline. (je lui révèle par cette occasion qu’il y a un peu d’adrénaline dans ma potion). Pour cette nuit le risque est tolérable, on va juste mettre un tonneau de poudre a coté de la porte. Je tirerai dedans pour retarder l’ennemi et vous réveiller au besoin.
_OK, réveille moi dans quelques heures.
Je suis assis sur ma marche de pierre, face au baril explosif. Mon départ dans le passé s’était déroulé de la manière suivante:
Lors d’un saut dans le temps, on ne choisit pas l’époque. On utilise des failles temporelles qui surviennent selon des modèles mathématiques et qui emmènent à une époque en fonction de la faille empruntée.
Nous avions été prévenus d’un saut dans le passé d’un terminator. J’ai calculé les probabilités d’occurrences des failles temporelles au moment du saut de la machine. Que la faille utilisée par le terminator l’emmène à cette époque était probable à 85%. J’ai calculé ensuite quelles seraient les failles suivantes pour arriver dans un créneau de dates entre 0 et 10 ans avant celle de notre ennemi.
La prochaine était dans 3 heures et la suivante dans plusieurs années. Ne ne pouvions pas prendre le risque d’attendre plus.
_Heu si on y va maintenant, avec la technologie dont ils disposent sous Louis XIV je ne sais pas comment combattre le monstre.
_Tu y réfléchiras en chemin.
_C’est toi le chef
Il y a 15 % de chances qu’on se soit planté, venus là pour rien. Et pour les 85% qui restent, faut que je trouve une idée et / ou qu’on ait beaucoup de chance.
Si seulement j’avais mon matériel et mes notes!!!
Trop chiant de ne pouvoir passer que des corps vivants et pas de matériel dans les failles. ça gène notre sûrement ennemi aussi. Je me demande s’il a toutes ses capacités du coup.
Je sors de mes pensées en regardant le visage qui dépasse de la couverture quelques mètres plus loin. C’est Zofia. Elle ne dort pas avec les autres dans la pièce derrière. Elle ne dort pas du tout d’ailleurs et observe les ombres de ma bougie au plafond. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que si John a demandé à ce que quelqu’un dorme près du veilleur, C’est une stratégie militaire. Ça peut permettre une diversion en cas d’attaque. Enfin il y a deux possibilités. Le veilleur attire l’attention sur lui laissant le soin de prévenir les autres au dormeur… Ou l’inverse. Si la poudre ne suffit pas a gagner du temps, j’aurai le choix entre me sacrifier ou la sacrifier.
…
_Tu penses à quoi? me chuchote Zofia.
_Rien de passionnant, je me dis que l’alliage du terminator commence à ramollir à 1200° C, et devient totalement liquide à 1500°C, avec du bois et différents matériaux, si j’arrive a condenser les fumées pour qu’elles s’embrasent elles aussi, je pourrai atteindre 1200°C.
_On pourrait transformer ce donjon en forge. Le rez de chaussée peut devenir un bon appel d’air pour attiser le feu. Le premier étage serait la zone de cuisson.
L’idée me plaît à défaut de mieux. Je réveille Léon pour qu’il prenne le quart suivant et m’endors
dans la pièce de garde pour ne pas risquer de réveiller tout le monde.
Il fait jour, le chantier commence. J’ai trouvé une solution pour piéger notre ennemi
Il y a un problème. C’est qu’il nous faut énormément de main d’œuvre.
Leon nous propose de quémander des hommes de la comtesse Agathe Goulier de Granville. Elle est la mécène de la construction d’une abbaye à vingt kilomètres d’ici. D’après lui elle ne peut pas refuser un service.
_Il vaut mieux que ce ne soit pas moi qui y aille par contre.
_Pourquoi? Fait John.
_Elle sera plus motivée pour venir avec une armée d’ouvriers et de soldats si elle sait que je suis là. Demoiselle de Montbruisson, serez vous ma messagère? demande avec charme Léon.
_Je risquerai ma tête pour vous?
_Non, il n’y a pas de risque pour la messagère. C’est envers moi uniquement qu’elle a de la rancune.
Un jour est passé.nous avons fini le foyer et j’ai placé les explosifs.
Une semaine plus tard le chantier est terminé. Dame Agathe dispose d’ouvriers efficaces.
Faut que je m’aère l’esprit. n’être sur qu’une seule idée en permanence ça me fatigue. La marée est au plus bas mais commence à monter. J’ai repéré un tube et du fil. d’abord il faut que je ramasse suffisamment de vers de mer.
L’explosion a fait venir Léon et John. Je me suis assis tranquillement avant qu’ils arrivent. Le tuyau qui m’a servi de canon improvisé pour lancer ma ligne de pèche dégage encore un peu de fumée.
_Je suis sur que les poissons de l’époque Louis XIV sont meilleurs.
Ils ont compris que je resterai là pour les 4 heures où la marée serait montante
Zofia arive avec un ballot de paille tandis que azatep ramene quelque bûches.
_T’as intérêt qu’il y ait quelque chose à faire frire me font elle.
Emma à la traîne nous rejoins avec quelques bouteilles.
Soirée grillade de poissons au feu de bois sur la plage du chateau de fort Lalatte.
_Il est temps d’attirer notre ennemi annonce John. Nous n’allons pas attendre qu’il nous trouve. Ingieark, c’est encore à toi de jouer, tu repars sur Paris avec Léon et Emma. Soyez là dans deux semaines dans tous les cas.
La rencontre avec eut lieu rapidement.
J’explique dans une taverne à 50 km de fort Lalatte que je viens du futur. Le but est de me faire remarquer. Je cite assez fort que je connais où est la descendante de Sarah Connors.
_Dans le futur il parait que la fumée de tabac est mauvaise pour la santé de l’entourage. Je vais fumer dehors.
Ça a marché, L’homme qui m’observait me suit.
Une fois dehors il m’attrape au coup et me souleve. C’est le terminator.
_Où est Ed O’Connor l’ancetre de Sarah Connors?
Je bredouille. Emma est dans mon champs de vision avec son fusil, enfin
_Fort Lalatte.
C’est lorsqu’il allait broyer ma nuque qu’Emma a tiré dans sa tête me permettant de m’enfuir.
Nous galopons depuis plusieurs heures déja. La machine est derrière nous. Je fais les injections aux chevaux sans même les arrêter.
Le fort est en vue. Léon qui galope devant moi allume une torche. C’est le signal.
Je vois au loin la fenêtre du donjon s’éclairer par des bougies et devine la silhouette de Ed. Le terminator a mordu à l’appât. Il arrête de nous poursuivre et se dirige vers le château.
John lui tire dessus du haut du rempart puis s’enfuit. La machine tord les barreaux de la herse pour passer, fracture la porte du donjon et va au premier.
Ed s’enfuit par la seule fenêtré et attérit sur des ballots de paille. John allume la mèche et saute dans le trou qui doit le protéger.
L’explosion se produit. Le plancher du second cède.
Toutes les pierres et le sable que les ouvriers ont accumulé au dessus tombent sur le terminator. Il est coincé mais pas pour longtemps.
On se précipite tous à la tour pour allumer le rez-de-chaussée et cuire la machine.
_Mission accomplie me fait John. On repart.
_Il y a un problème chef. On n’a pas pu envoyer avec nous de dispositif pour nous faire revenir. Le retour n’était pas prévu.
Elle marchait, le long des douves. j’étais près d’elle, nous étions chez notre oncle, Léon de Bretagne, qui s’était acoquiné d’Emma de Montbuisson, au château du Fort de la Latte. J’avais toujours éprouvé beaucoup de jalousie à l’égard de ma sœur jumelle. Elle était plus jolie, nos parents la chérissaient plus que moi, elle était la petite princesse. Je n’étais toujours que la deuxième, celle qui encombre, celle que l’on n’attendait pas, celle qui avait pris toute la place dans le ventre maternel. Zofia était née plus chétive, elle était aussi mince que j’étais bien portante. Ma mère la couvait au delà du raisonnable, il faut avouer qu’elle était toujours malade. Je ne comptais guère plus qu’une roturière aux yeux de mes géniteurs, je ne méritais pas mon rang. Même nos amis, Ed O’Connor et Larjie de Portaul, jouaient plus facilement avec elle.
Aussi, ce jour là, alors que nous marchions près des douves, seules, je n’eus aucun scrupule à la pousser dans les eaux profondes et boueuses qui entouraient le château. Elle cria à peine, je m’assurais que personne ne l’eut entendue. J’attendis qu’elle disparaisse sous la surface de l’eau, elle se débattit quelques minutes avant de sombrer. Je n’avais que huit ans, mais je savais que ma vie commençait à cet instant, je n’étais plus Azettep Nunez de Aznor, mais j’étais libre. Dans ma fuite, je pris donc ce nouveau prénom: Erbil.
Je parcourus quelques milles, à travers la campagne, sans rencontrer âme qui vive. Le soleil déclinait doucement et je commençais à avoir un peu peur. J’étais seule, ne sachant où aller, ni où dormir, je n’étais qu’une enfant. Ma mère, Agathe Goulier de Grandville, avait toujours mise en garde ma sœur contre les bandits de grand chemin. A ce moment, je faillis renoncer, mais je revis Zofia couler à pic. Je savais qu’en rebroussant chemin j’aurais à me justifier de sa disparition. Et, nul doute que j’aurais à passer devant le juge, Louis de Clairac, qui n’aurait à mon égard aucune clémence… C’est à cet instant qu’il apparut, petite tâche au loin sur le sentier. Au fur et à mesure que nous nous avancions l’un vers l’autre, le distinguant de mieux en mieux, je ne pouvais m’empêcher de trouver cet homme, et son accoutrement, très étranges. Bien loin d’être apeurée, il attisait ma curiosité. Lorsqu’il ne fut plus qu’à une centaines de pieds devant moi, il s’arrêta et m’offrit un sourire chaleureux, bien qu’édenté, en même temps qu’un salut amical. Il chevauchait une espèce de machine à grandes roues qui semblait avancer toute seule, dès lors qu’il appuyait sur deux cales, situées de chaque côté de l’engin. Il tirait une carriole à roulettes, remplie d’un bric à brac absolument incroyable. Arrivé à ma hauteur, il descendit de sa machine et se présenta à moi sous le nom d’Ingeark l’inventeur. Étonné de me voir ainsi, seule, sur le chemin, il me questionna. Je lui mentis en lui racontant que toute ma famille avait été massacrée par des brigands et que j’avais été la seule à prendre la fuite et à leur échapper.
La nuit étant en train de tomber, il me proposa de rester avec lui ce soir là, sur le bord du chemin, m’offrant ainsi sa protection pour la nuit. J’hésitais un instant, mais, je me retrouvais seule, sans rien à manger, ni à boire, à la merci des animaux sauvages et Ingeark m’inspirait confiance. J’acceptais donc son invitation. Il fit un feu, pendant que je me reposais un peu. Ce fut la soirée la plus surréaliste de toute ma vie. Il commença par sortir de sa carriole une tente, bien plus grande que celle des gueux. Elle me parut aussi grande que la maison de Pascale de Chaste, qui avait été ma préceptrice à la ville, chez qui j’avais grandi jusque mes cinq ans. Il m’indiqua une des petites pièces, qui n’était rien que pour moi. Il y posa, au sol, une couverture miteuse qui se mit soudainement à gonfler jusqu’à devenir un moelleux matelas. Il déposa dessus comme une espèce de sac à patates géant, mais bien plus doux que de la toile de jute. Il m’expliqua que je n’aurai qu’à me glisser à l’intérieur pour y dormir. J’étais tellement ébahie que j’en restais muette de stupéfaction. Puis, il prit une planche de bois qui devint table, tout comme deux autres petites planches rondes qui se transformèrent en petits bancs individuels. Tout ce qui sortait de sa carriole se métamorphosait de façon magique… Ensuite, il se mit à préparer le repas. Là encore, j’allais de surprise en surprise. Il posa, sur la table, un petit tonneau d’où sortaient des mèches de bougies sous une armature ronde en fer. Puis, il attrapa des bocaux remplis de victuailles qu’il transvasa dans un récipient. Il le mit à chauffer sur le tonneau, dont les mèches s’étaient miraculeusement allumées… Pendant tout ce temps, il ne cessa de me parler, s’arrêtant parfois pour me poser une question dont il n’attendait même pas la réponse. J’étais fascinée par ce personnage qui me narrait ses aventures extraordinaires dans des contrées qui m’étaient inconnues. Il me raconta qu’il avait longtemps été au service de la marquise Marie de Sillègue d’Aubeville, mais que cette dernière l’avait fait chasser lorsqu’il commença à lui montrer le fruit de ses inventions, le traitant de sorcier maléfique. C’était de justesse qu’il avait échappé au bucher. Lorsque nous fûmes repus, les étoiles scintillaient déjà haut dans le ciel, et mes yeux n’en pouvaient plus de tant de merveilles. Je voulus l’aider pour aller au ruisseau laver les récipients, mais il me dit qu’il avait également une machine de son invention qui lavait tout toute seule… C’en était trop pour moi, je partis me coucher et m’endormis, bercée par le bruit métallique des récipients qui s’entrechoquaient dans la machine qui nettoyait…
Lorsque je me réveillais le lendemain, Ingeark et son fabuleux fatras avaient disparus, même mon abri n’était plus. J’étais allongée sur un lit de feuillage, à l’abri d’un arbre immense. Mon imagination m’avait-elle jouée un mauvais tour ? Pourtant, tout cela m’avait semblé si réel… Même mon estomac, encore plein du festin de la veille, m’encourageait à croire à la réalité de ce rêve… Je me levais et me remis en route. Peu avant que le soleil ne soit au zénith dans le ciel, j’aperçus, au loin, des petites habitations qui formaient un hameau, ma nouvelle vie allait vraiment commencée, je ne revus plus jamais Ingeark et, lorsque j’en parlais aux voyageurs, personne ne l’avait jamais croisé sur le chemin…
Peidboulle, Sainte-Aide, Trécelin.
Saint-Géran passé, petit village près du fort, chacun s’est tu. Chaque fourré fait l’objet d’une insistance marquée de nos regards. En cas d’attaque nous avons peu de chance en l’état. Sa force brute est bien supérieure à la nôtre.
Nos armes sont dérisoires. Leur machine ne nous permet pas d’emporter quoi que ce soit.
L’épaisse forêt que nous traversons et qui protège le fort nous signale sa proximité.
Les regards trahissent l’activité de chacun. Ingeark, le cerveau en ébullition, cherche la solution dans une improbable invention, Léon et moi, scrutons chaque arbre, chaque dénivellation de terrain.
Un œil en avant un œil en arrière.
Léon, capitaine de l’armée, nous a fourni des barils de poudre. Ami d’enfance de Marie, il se tient aussi droit sur son cheval que l’est son caractère. Je remarque sa main crispé sur le pistolet.
Une espèce de sixième sens m’anime. Je sens sa présence. Le ciel est pur. Pas de ces avions que j’ai connus avant la grande guerre. On a bu en chemin aux fontaines. Quelques siècles plus tard elles seront irradiées.
Nous débouchons de la forêt. L’étroit chemin de terre qui y mène nous oblige à dételer les chevaux. Nous faisons route à pied.
En contrebas le fort. Sa silhouette lugubre se distingue dans le noir avec la mer en fond. Du donjon, nous devons être parfaitement visibles. Pas de lumière. Les genêts forment une épaisse muraille infranchissable autour de nous pour tout être humain. Il n’est pas humain.
Un virage à gauche, je stoppe la troupe singulière. J’y vais seul.
Le pont est abaissé, la herse est haute. Les douves sont profondes mais vides. Pas âme qui vive. Mes lunettes à vision nocturne me manquent. Lui, il voit. Le fort semble en travaux. Des outils trainent ici et là mais pas d’ouvriers. Je reste à l’extérieur. Je me déplace vite. Je suis presque en haut du donjon. Sans bruit.
2 silhouettes distinctes au sol. Première : maîtrisée. Deuxième : maîtrisée. Grâce son EPO maison, je suis parfaitement réveillé et j’ai une force moi ! Il me reste une dose de sa potion magique.
Je vais les rechercher. Leurs yeux espèrent. En quelques signes, ils ont compris. On attendra l’aube pour être sûr de tout.