L’américain tendit à Leamas une nouvelle tasse de café en le toisant comme un américain peu toisé un anglais. L’amerlock les avait plus grosses que le rosbif. Evidemment. Les dents plus blanches, et une carrure de Marines. Caricaturale. John Connor. Il devait s’appeler. Comme tous les agents du FBI/CIA/DEA et compagnie. « sans sucre ; merci ». Américains et anglais ne s’appréciaient guère. Sauf depuis que des gars, un 11 septembre se sont invités à la fête. On est devenu « copains »… semble-t-il. On se dit « Hi, how are you ? » courtoisement maintenant. Même si au fond, on s’en fout.  On se rabiboche au nom de la liberté ou des intérêts nationaux ? Peu m’importe de toute façon.

Il vous faut savoir que réveiller une taupe dormante c’est assez facile. Plus facile que de programmer un réveil made in China, où après avoir lu la notice en polonais parce que plus facile à comprendre que celle en français vous l’écrasez contre le mur d’en face sans piper mot. Sans rage. J’aime pas ramasser. « Les sanglots longs des violions de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone », surligné dans un prospectus, et  l’alarme ding dans votre cerveau. « Tiens, c’est l’heure ». Vous pensiez à quoi : un sms et hop ?? Non mais ça va pas non ? Nous sommes des pros ! M’enfin ! Drôle de façon de se faire réveiller, je suis d’accord. Le café Gondrée, première maison libérée de France, le théâtre. Drôle d’endroit pour un réveil. Pourquoi l’avait-on réveillé  ? Pourquoi ici ? Une « chasse au trésor » ? C’est ça ? Depuis son retour de l’Est, Leamas était tranquille et aurait bien voulu le rester. Qu’on lui foute enfin la paix avec les photos dans une enveloppe, les planques crevantes, les agents « double », « triple voir quadruple » ! Maintenant c’est seulement le whisky qui était double. Une pesante humeur, commune à tous les hauts lieux de l’Histoire, s’y faisait sentir. Lizzie se baladait comme une badaude près de « Pegasus Bridge », inspectant un char Avre, vestige. Comme Leamas. Vestige. « OK». Un ex-espion, vrai chef de réseau à l’Est, vrai agent double, qu’il devait tuer, qui finalement lui sauve la vie, qui finalement se fait quand même tuer. Chercher l’erreur. Leamas sait maintenant que quelqu’un, quelque part le cherche. Quelqu’un, quelque part sait, que l’autre sait.La raison, on s’en fout aussi. De toute façon, une fois mort, les raisons…

Lizzie ? Une profonde lassitude s’emparait de lui. Ses yeux bleus pâles plongeaient dans ses yeux à points d’interrogations. Le silence de ceux qui se comprennent sans mot. Fuir à nouveau. Amérique du Sud, un enfant. Oui, le Brésil, par bateau. Petit village. Juste VIVRE. Le grand luxe quoi !

Why ?

Sous le béret bien clarifier
Le mythe du progrès social
A seule fin de bien caresser
L’idée d’égalité sociale.

Tonner pour exterminer
Toute ségrégation sociale
Et désormais enjoliver
Population en classes sociales.

Evidemment occasionner
Actions d’intégration sociale,
D’outils largement équiper
Toute délégation sociale.

A chaque occasion engager
Une juste lutte sociale,
Sur banderoles consigner
Les revendications sociales.

A chaque occasion projeter
L’image du conflit social
Inlassablement répéter
Les craintes du déclin social.

A tout moment bien dénoncer
Risques de régression sociale,
Ne pas oublier de chanter
Vertus de cohésion sociale.

Régulièrement demander
Un plus de minimum social ;
Ne pas manquer d’en ajouter
Sur la disparité sociale.

Faire assidument débarquer
Charmantes assistantes sociales
En charge de bien formuler
Incomparable cas social.

Juste avant de propulser
Le bienveillant Samu social
Sans oublier de déplorer
L’absence d’un service social.

Faire abondamment édifier
Superbe logement social
Pour ne pas désorienter
Effort de Politique sociale.

Spécialement bien renfoncer
Notre démocratie sociale
Brûlant parfois de détaler
Aux portes d’une Europe sociale

Bêler toujours pour cuirasser
Notre protection sociale,
A seule fin de renflouer
Notre sécurité sociale,