Dans le comté très lointain de Terredurgence, en l’an de grâce 3110, vivait le comte de Vitonsanva. Un jour il épousa la duchesse de Dépéchonnouhainpeu. La cérémonie dura trois minutes. Le plus beau cadeau fut un chrono. L’objet était en argent massif. Le buffet avalé sur le pouce en moins de temps qu’il n’en faut pour le taper sur un clavier, le jeune couple rentra chez lui et s’empressa de s’activer à produire une descendance. Il ne fallait pas perdre de temps car à Terredurgence, il était compté, et tout ce que vous perdiez en secondes ou minutes était taxé. D’autre part les gens vivaient de plus en plus vite et donc mouraient de plus en plus tôt et les rides qui du temps du seigneur Diadermine n’apparaissaient qu’à 30 ans étaient devenues la hantise des adolescents. Les gens ne savaient plus ce qu’étaient la lenteur et la zénitude. Le comte et la Duchesse au bout de deux mois eurent un beau bébé, Kevin-Wilfried, qui sitôt à l’air libre gambada dans le donjon réclamant à corps et à cris la dernière console à la mode sortie la veille sur internet, mais il était déjà au courant ! Les nouvelles vont vite même dans le réseau trans-utéri. Il se dit qu’il allait profiter des quinze jours à passer chez son papa et sa maman, avant d’intégrer l’école qui le préparerait à passer dans deux ans son baccalauréat et le concours qui lui permettrait d’obtenir une entrée dans une école de commerce, passeport obligatoire pour obtenir la citoyenneté dans Terredurgence. Ainsi était la loi depuis cinquante ans.
Kevin-Wilfried aimait le sport. A son troisième matin, il partit en courant faire le tour de la forêt magique. Il rencontra, on s’en doute, une chouette grenouille qui, ayant pour deux minutes pris l’apparence d’une nana bien roulée, aussitôt l’envoûta. Ils ont beau lire des livres, recevoir des conseils des adultes, les jeunes, nobles ou non, croient toujours savoir mieux ! Il roula une pelle à la grenouille qui lui dit « Jeune fripouille, toi et ton engeance me fatiguez à courir en tout temps et en tout lieu depuis des lustres. Que mon baiser te fasse retrouver la conscience ! »
Elle l’endormit et le programma pour un réveil le 25 décembre 3111. Ce jour-là, il découvrit un amas de volumes divers emballés dans du papier coloré et brillant. La curiosité le poussa à y regarder de plus près, et il fut le premier citoyen à redécouvrir ce qu’était un cadeau. Le premier qu’il ouvrit contenait une télécommande. Un joli symbole l’attira sans qu’il en pût mais, et c’était … le ralenti ! Depuis ce jour-là, la grenouille peut redormir tranquille, se prélasser au soleil, sans voir passer sans arrêt des humains qui courent et ont à peine le temps de compter leur argent, encore moins de faire connaissance des gens qui les entourent. Le Père Noël a une année complète pour préparer sa tournée, et les enfants quelques années pour y croire.

Sylvain détestait ce job. Mais c’était bien le seul qu’il avait trouvé pour la période des fêtes: Père Noël. Tous les matins, il enfilait son costume rouge, ajustait sa fausse barbe blanche et se laissait photographier toute la journée avec une ribambelle de gamins dissipés, le sourire toujours accroché aux lèvres. Mais, intérieurement, il bouillonnait… Il savait qu’il n’aurait jamais du accepter ce boulot, il aimait beaucoup trop les jeunes enfants. Heureusement que son patron ne s’était pas penché sur son passé. Bien sûr, il avait payé sa dette à la société, mais le juge lui avait formellement interdit de s’approcher de trop près d’enfants, alors, travailler avec eux… Mais, en ces temps de crise, il devait, comme tout à chacun, payer ses factures et avoir de quoi manger, et ce n’était pas la maigre allocation que lui versait le Pôle Emploi qui pouvait lui assurer des fins de mois sans découvert. Comme aucun autre employeur n’avait voulu de lui, il avait fini par céder à ce qui l’encourageait dans ses pulsions qu’il savait malsaines.

Tout alla bien jusqu’à ce 23 décembre, un monde fou déambulait dans la galerie marchande et une tripotée de gamins hurlants attendaient de se faire photographier avec le Père Noël. La petite fille qui s’approcha était superbe, une métisse de quatre ans, un air coquin et espiègle, le regard vif. Ses petites tresses dansaient autour de son visage de chérubin. Lorsqu’elle vint s’asseoir sur les genoux du Père Noël, Sylvain sentit le désir l’envahir et la jouissance monter en lui. La pose fut rapide, comme toutes les autres ce jour là, mais le plaisir intense. Il fut obligé de faire une pause avant de reprendre le rythme infernal du flash crépitant autour du sapin et des faux cadeaux. Mais il ne pensa plus qu’à la petite fille tout le reste de la journée. Lorsque le magasin ferma ses portes, Sylvain profita que le photographe rangeait son matériel pour jeter un œil sur les bordereaux de commandes du jour. Il ne lui fallu pas beaucoup de temps pour retrouver le nom de la gamine et son adresse.

Le soir du réveillon, tous les journaux télévisés faisaient leur une sur l’enlèvement de la fillette. Et, ce n’est qu’au petit matin de Noël qu’un promeneur retrouva son petit corps mutilé au beau milieu d’un terrain vague. L’enquête montrera qu’elle avait été violée avant d’être étranglée.

Nous allons rester dans l’ambiance de Noël, puisque nous avons écrit notre lettre au Père Noël la semaine dernière, je vous propose d’écrire un conte de Noël. Bien évidemment, il n’est pas nécessaire qu’il se termine bien… Ce peut être aussi bien un conte pour enfants ou pour adultes ou les deux, bref… Vous avez le choix, laissez parler votre imagination !!!!!

Dernier délai pour sa publication: dimanche 27 au soir (le jour de la St Famille…).

P.S: Emma, je n’arrive pas à créer une nouvelle catégorie ??? Si tu peux m’envoyer une petite explication par mail… Merci ;-)