Ça y est, c’est le grand Jour !
Mon salopard de fils à qui j’ai tout donné a enfin réussi à se débarrasser de moi. Il faut dire que ma dernière chute à la maison a été plutôt violente, je me suis avachi de tout mon poids sur ma jambe droite. La gauche ne répondait plus et je suis tombé, je me suis cogné la tête. A mon réveil, j’étais à l’hôpital, seul dans une grande chambre aux murs blancs, pas un objet personnel à mes côtés pas un bouquet de fleurs.
Lorsque le médecin est entré dans ma chambre il m’a indiqué qu’ils avaient encore quelques analyses à faire et que je pourrai enfin partir. J’ai aussitôt pensé à ma véranda où je prendrai un bon thé bien chaud ! Que nenni, mon fils est arrivé avec sa deuxième femme, qui pourrait être sa fille d’ailleurs. Il m’ a indiqué que tout était prêt et qu’il allait m’accompagner.
J’ai compris lorsque l’on m’a placé dans l’ambulance. Habituellement, le retour se fait en taxi où dans la voiture de Jérôme. Elle m’a conduit à la résidence des Hortensias, établissement spécialisé dans l’accompagnement des personnes dépendantes. Je ne vois pas en quoi ça me concerne : j’ai fait une chute, je ne suis ni incontinent, ni atteint d’Alzheimer ni de Parkinson.
Il est 10:00 ! Un aide soignante s’approche de moi avec un grand sourire et m’indique qu’elle va me conduire à mes appartements. Une pièce de 10m², des murs aux couleurs pâles, un vieux rideau orange à la fenêtre. Ma cage à lapin est équipée d’un lit, d’une armoire et d’une table avec une chaise et d’un fauteuil pour mes futurs visiteurs. La salle d’eau est dans la chambre, identique à toutes celles que vous avez pu voir dans les hôpitaux. La demoiselle au joli sourire m’indique que l’on va passer à table après m’avoir aidé à ranger mes affaires dans mon armoire.
11:30, arrivée au réfectoire au bras de ma nouvelle amie, elle m’installe à table et on m’apporte mon plateau repas : une soupe aux légumes, une cuisse de poulet accompagné de petits poids translucides, un morceau de fromage et une compote. Au moins je ne serai pas dépaysé par rapport à l’hôpital.
Mes voisins de table me font peur, une mamie de 80 ans minimum en fauteuil roulant qui boit littéralement l’ensemble de son repas. On le luit donne à la cuillère, mais elle irait plus vite avec une paille. En face de moi, un papi qui a garé son déambulateur en face de l’aspirateur à aliments. Pas très bavard, il mange très lentement en faisant d’énorme bruits lorsqu’il déglutit. Ca sera pas mes futurs collègues de belotte. Note pour plus tard, voir si on peut changer de table.
A 12:45 le repas est terminé. Je suis fatigué et demande à retourner dans ma chambre. Je suis seul, Jérôme est parti avant le repas de midi.
A 15:30, une nouvelle aide soignante arrive. On lit la fin prochaine de son service sur son visage. Sans même m’adresser la parole, elle sort un change de son plateau roulant et s’approche de moi afin d’essayer de me le coller dans le pantalon.
« Tout doux Mademoiselle, je n’ai pas encore besoin de cet instrument de torture psychologique qui si on me le met va m’inciter à pisser et chier dedans pour vous casser les pieds »
Elle se ravise ! Un de gagné, c’est toujours 10 minutes de gagné sur sa tournée.
A 16:00, on continue avec le goûter composé d’un thé et d’un biscuit. Faut pas trop forcer, on dîne dans 2:30.Entre temps, on aura eu droit aux chiffres et aux lettres et ensuite à Questions pour un Champion. Et après on s’étonne que les gens ici deviennent dépendant…
Après le dîner, on nous conduit dans les chambres, et je repense à tout ce sue j’ai vécu, je repense à cette journée et me dit que s’il n’y a pas de visites régulières de la famille ou des amis, je me laisserai mourir…
Encore une journée de gaieté… Décidément, personne n’a de bonne expérience sur les maisons de retraite !!!!!
J’espérais voir arriver une réponse farfelue avec une maison de retraite drôle. c’est pas jailer
J’en connais qui mangent comme ça, qui n’ont pas 80 ans et ne sont pas en maison spécialisée, on dirait qu’ils se laissent mourir…
Je pense que passer un certain âge, lorsqu’on a perdu l’être aimé et que l’on voit de moins en moins sa famille (mis à part pour des raisons pécuniaires) on arrive orrémédiablement au stade où on se laisse mourir.
A ce moment là, une des choses qui peut te permette de survivre sont tes souvenirs que tu ressasses jusqu’à ce que malheureusement eux aussi commencent à faire défaut !