22 septembre. Il y a un an de ça, je ne me doutais pas que je me retrouverais ici. Quatre murs un peu trop rapprochés à mon goût, un lit inconfortable, mais je n’ai même pas le droit d’y apporter mon matelas. Il parait que c’est une question d’hygiène. Pourtant, je vous assure, maniaque comme j’étais, c’était trois fois plus propre chez moi qu’ici. Le 22 septembre 2010, c’était avant qu’on ne m’annonce mon cancer du sein, avant qu’on décide pour moi que vivre chez moi, sans emmerder personne, comme je l’avais toujours fait, ça me mettait en danger. On a profité de mon hospitalisation, et ma famille a fait en sorte que je ne revois pas mon appartement. Je suis d’abord passée par une maison de convalescence, puis, quand ils ont eu mes clés, pour me rendre service, bien sûr, quand j’ai eu perdu un peu de mon autonomie, à cause de mon bras, de mon cervelet qui me jouait des tours et me faisait perdre l’équilibre, et à cause de l’habitude d’avoir tout ou presque à demander aux blouses blanches, on m’a dit, tu verras, tu seras mieux là-bas. Mes amis ont bien essayé de dire autrement, mais les liens du sang passent avant toute chose dans le monde médical. La première question qu’ils posent à tous mes visiteurs, c’est « vous êtes de la famille? ». Alors, c’est mes nièces qu’on a écoutées quand elles ont dit que je serais mieux ici qu’en appartement. Elles ont même laissé entendre que je perdais la tête. Pourtant, au scrabble, je ne leur laisse aucune chance ! Elles ont aussi raconté que j’étais désagréable avec le personnel. Je le sais, ça m’a été rapporté. Que pouvais-je faire ? Finalement, ici, je m’habitue. Ma voisine est sympa, même si elle déprime parce qu’elle vient d’apprendre qu’elle avait Parkinson. Mes copains bravent la vision de tous les vieux qui attendent dans le hall, l’odeur latente d’urine qui accompagne la traversée, pour venir bavarder et goûter avec moi dans ma chambre. J’ai de la chance, je suis du côté « coquille d’œuf ». Du côté bleu, c’est carrément sinistre. Mes copains, ils apportent du cidre, des gâteaux, du chocolat. Mais le plus dur, c’est la nuit. Le règlement, c’est le règlement. Je n’ai jamais été incontinente. Mais comme je risque de tomber, on me met une couche. Comme je ne suis pas habituée à me laisser aller, je me retiens, et ma vessie et mes reins en souffrent. On ne peut rien changer, c’est le règlement. Y’a aussi les filles de mes copains, les vivants et les morts, qui viennent me voir. Elles sont vraiment sympas. Mais honnêtement, elles n’ont même pas l’air de s’ennuyer. On parle bouquins (je lis énormément depuis que je suis ici) et on rigole. Y’a que mes nièces qui tirent des têtes d’enterrement quand elles viennent. Pourtant, elles, elles n’ont qu’un mot à dire pour qu’on les écoute. Les autres, on leur demande : « Vous êtes de la famille ? » et ils comprennent vite qu’ils n’ont qu’à se taire.
Ed.
Un point de vue négatif et douloureux.
Une personne hospitalisée peut décider et désigner une personne de confiance (membre de la famille ami, voire médecin traitant)
Encore faut-il qu’elle ose ! Les pressions sont si fortes. Et les médecins font passer des infos à la famille qui en informe la personne. Qui a pourtant toute sa tête, j’en suis témoin. OK, elle a presque 80 ans. Mais intellectuellement elle est plus alerte et ouverte que la majorité des gens qui estiment sa capacité à être capable de décider. Quand c’était mon père, je pouvais gueuler, leur demander de le traiter en adulte bien que la maladie l’ait affaibli, mais là, je n’ai aucun droit.