- « Elle était si jolie, monsieur le commissaire » lui répondis-je.
- -« vous n’éprouvez donc aucun remords ? »
- « je….. je ne sais pas…… je ne sais pas très bien…. D’une certaine façon oui…..mais non en fait… »
- « expliquez-vous !» me lança t-il sèchement.
Tout me semblait irréel dans cette pièce. De gros classeurs métalliques gris, obsolètes, dont les tiroirs ne fermaient plus depuis longtemps, gisaient là, dans un coin ; nonchalant. A leur côté, un bureau en bois usé ne servait plus qu’à entasser des dossiers. En d’autre temps lui aussi avait dû accueillir un visage pâle. L’air emplit de poussière me donnait envie d’éternuer. Une lumière jaunâtre qui filtrait péniblement à travers les carreaux sales, donnait à mon interlocuteur l’air malade. Le foie peut-être ? A vrai dire, la pièce elle-même avait l’air malade. Le blanc des murs avait jauni avec le commissaire me dis-je. Il se tenait maintenant penché vers moi. Ses mains fines sans vie, tenaient mon dossier à la main. Pas d’alliance. Vieille montre. Sa silhouette filiforme était accentuée par un costume rayé café au lait du plus mauvais goût. Monsieur X dans un bureau X. L’étroitesse d’esprit dont il faisait preuve depuis 1 heure devait être due à la forme de son crâne. Etroit et dégarni. A mon avis.
« ALORS ? ». La question claqua dans l’air comme un fouet et me tira avec difficulté de mes élucubrations passagères.
Alors QUOI ? Avait-il la prétention de comprendre ? de nous comprendre ? de la comprendre ?
Elle est l’opposée du monstre d’égoïsme qui l’accompagnait. Son visage respire l’intelligence et le regard clair de ses yeux pourtant foncés laisse entrevoir une grandeur d’âme peu commune. Toute sa personne en fait respirait la grâce. Une grâce qui ne s’apprend pas, innée, et qui transforme chaque geste anodin en un acte précieux et pesé. Ses cheveux noirs, tirés en bonne mère de famille sérieuse, ne demandait que leur libération pour s’épanouir. Enfin. Des lèvres tout en finesse, mais légèrement sanguine. Le teint caramel de sa peau ne demandait qu’une consommation sans modération. Ça arriva. Biensûr. Elle semblait hors de portée, inaccessible au commun des mortels dont je suis.
« notre rencontre ? » « chez des amis, un soir de cet été ». Je ne lui dirai rien de ce qui ce passa vraiment. On ne s’est regardé que peu de fois, sourit quelque fois, aimer tout de suite.
« mais encore ?
« nous nous sommes compris »
« vous êtes tous les deux mariés et pas ensemble que je sache !!!! » Imbéc…..« oui, je sais » susurrai-je. Qu’est-ce qu’il voulait que je lui dise ? Il n’aurait RIEN.
L’idée du mari me revint. La première fois que je le vis il était avachi sur la chaise, à côté d’elle. Son regard dur, ses grosses mains poilues, mais surtout une absence cruelle de tout sentiment humain, faisait de lui ce qu’il était : une brute. Il ne l’épargnait pas. Cosette n’aurait pas donné de leçon à ma bien-aimée tant il se servait d’elle. Il ressemblait à ma femme. Sauf les mains poilues. S’ils avaient été mariés je suis sur qu’ils auraient été un de ses couples des rubriques faits divers. « un couple a massacré à la machette monsieur machin pour lui voler 5 euros ». Tenardier. Oui c’est ça : les Tenardier.
Aujourd’hui, l’idée qu’il est pu effleurer sa taille bien faite me procurait des hauts de cœur. Mais il ne le fera plus jamais. Elle ne vociférera plus jamais. Ils étaient aujourd’hui ensemble d’ailleurs, pourrait-on dire. Le passé ne nous intéressait pas.
L’entretien n’alla pas beaucoup plus loin. Il ne sut rien, sur rien.
- 13 mois plus tard. -
Le hâle de sa peau était revenu avec l’été. Ses cheveux flottait dans un air remplit de grâce. Nous ne nous embrassâmes pas. Sa main glissa… nos mains se glissèrent l’une dans l’autre. Nos yeux regardaient l’océan en silence. Un joli ventre rond avait embelli s’il était possible son corps voluptueux. Mon garçon et ses deux filles s’amusaient sur la plage un peu plus loin. En remontant chez nous, nous aperçûmes une ombre trop visible, sous un pin…. Une silhouette filiforme…pour son malheur.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

3 Réponses à “Les Tenardiers”

  1. zapette dit :

    Ah oui, j’aime !!!

  2. Gnieark dit :

    bah… rien à dire, excellent

  3. Agathe dit :

    Oui, je confirme, excellent.

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