Leamas était confortablement installé au soleil, à la terrasse de cet hôtel libanais. L’américain était arrivé depuis une quinzaine de jours, pour préparer les négociations, contacter son ambassade, si jamais il avait besoin d’aide, visiter un peu la ville. Il était descendu à l’hôtel, incognito, sous un faux nom. Il portait une chemise bleu ciel assortie à la couleur de ses yeux et un pantalon de lin bleu marine. Il arborait l’air décontracté du parfait touriste, pour ne pas éveiller les soupçons éventuels de la police locale.
John restait toujours élégant quelque soit sa tenue. Lorsqu’il se sentait un peu embarrassé, il passait la main dans son épaisse chevelure aux tempes argentées. Les femmes le trouvaient très séduisant, mais son métier l’empêchait de construire une vie de famille ou même une liaison suivie. Trop de voyages. Il ne pouvait pas non plus se laisser aller à des confidences sur l’oreiller, elles risquaient de lui être fatales.
Il tendit à Leamas une nouvelle tasse de café. Leamas avait le visage fermé. L’américain devinait à son nom ses origines grecques et son goût pour le café. Leamas avait un visage fin, des yeux noirs perçants. Même si John rencontrait Leamas pour la première fois, il décelait chez lui une certaine faculté à se fondre dans la masse, mais aussi l’énergie nécessaire pour se battre en cas de besoin. Leamas faisait-il partie d’un groupe armé ? La négociation s’annonçait difficile entre ces deux hommes qui s’observaient, se jaugeaient. John tentait d’amadouer Leamas par un accueil chaleureux. Il avait apporté dans ses bagages le contrat à signer, mais un élément important lui manquait, qui était le client final.
Leamas n’était qu’un intermédiaire. La livraison s’effectuerait-elle en Afrique, au Moyen-Orient, pour une faction indépendantiste minoritaire ou pour une nation en guerre ? En quelle monnaie serait-il payé ? Quels étaient les enjeux politiques, économiques ?
John s’était vu confier cette mission par son gouvernement et il savait toute la confiance qu’on mettait en lui. On ne lui avait donné que le nom de l’hôtel et celui de son interlocuteur. Il avait quelques jours devant lui et décida de prendre son temps.
- Eh bien Leamas, si nous dînions ensemble ce soir, histoire de faire plus ample connaissance. Disons vingt heures au restaurant de l’hôtel.
Une vente d’armes ne se négocie pas à la va-vite. Mettre l’autre en confiance sans pour autant trop se dévoiler, John avait l’habitude de ce type de situation.