Elle était si jolie.
C’est la dernière phrase qu’avait prononcé mon cher et tendre concernant son ex maitresse. Enfin, c’est ce que je croyais. Je n’aurais peut être pas du lui lancer la poêle au visage quand il a dit ça. Parce qu’aux urgences, elle était là. Je voulais pas l’entendre, je me suis collée Christina d’Anaïs aux oreilles, béni soit mon lecteur mp3 de toutes façons. Je me passe la chanson en boucle, deux points de suture, et c’est fini.
Les points, tu crois qu’on pourra me les coudre à vif? j’aime pas les piqures.
Il me fait sursauter, j’angoisse. J’enlève mon casque, je lui souris. Je tourne la tête, je la vois qui attends, je le supplie du regard de ne pas la suivre.
Non, il vaut mieux pas.
Tu me prends pour une chochotte?
Non, mais il vaut mieux pas.
Il se lève, il la suit, c’est fini, je le sais, il ne reviendra pas, je pleure.
Une blouse blanche s’approche de moi, la salle d’attente est vide, je suis seule, je me sens seule. Il s’assied à côté de moi.
Pourquoi pleurez-vous mademoiselle?
Il me tend un bout de papier absorbant immaculé, du PQ je suis sûre. J’essuie mon mascara qui coule, il me sourit. Je n’ai pas envie de parler, juste de m’effondrer.
Elle est jolie, mais vous savez, c’est une vraie salope, son seul fantasme, c’est de se faire un mec pris, marié, elle est comme ça, elle m’a fait le coup.
Je sanglote toujours, j’ai l’impression de me transformer en phoque qui appelle sa maman. Je veux qu’il parte, et je veux qu’il revienne. Mon téléphone vibre, je sors, les téléphones sont interdits, même dans la salle d’attente, une autre blouse blanche me foudroie comme si je venais de débrancher l’assistance respiratoire de son fils. Je suis dehors, je décroche, on me parle, je ne comprends rien, pourtant mon interlocutrice parle bien français, c’est ma meilleure amie d’ailleurs, mais je ne la comprends pas, je raccroche sans rien dire, le téléphone vibre encore, toujours elle, je ne décroche, j’envoie juste un SOS par mini message. La blouse blanche au PQ me rejoint, me file un xanax. Je ne le regarde même pas, je gobe le cachet, je vais à la voiture, et je me pose, le siège abaissé à fond, les pieds sur le volant. J’attends, il n’y a que ça à faire. Une heure se passe, j’ai toujours le regard dans le vide, je me cache derrière mes lunettes de soleil, c’est toujours pratique. La porte passager s’ouvre, le voici, avec ses deux points de suture et tout un côté du visage rouge. Je ne dis rien.
On peut rentrer?
Je ne dis toujours rien, je remonte mon siège, je descends mes pieds du volant, je démarre.
Qu’est ce qu’il y a?
Je reste muette, comme victime d’aphasie, au fond de moi j’ai envie d’hurler.
On arrive, je me gare, je réussis même mon créneau du premier coup, je meurs d’envie de lui demander pourquoi il a la face rouge, surtout du côté opposé aux points, ca ne doit pas être une allergie à l’anesthésie.
Elle était si jolie tu sais, j’ai été faible, pardonne-moi.
J’étais en train de ramasser la poêle…
Le coup de poêle était justifié… j’aime beaucoup comment tu as écrit ce texte
La poële était encore chaude ?
Il faut battre la poële pendant qu’elle est chaude, c’est bien connu. Ils le méritent tous, de toute façon.
excellent, j’ai beaucoup rigolé sauf que c’est pas drôle. la poële c’était une crépière ? (c’est plat et grand…)