Ma narration commence où feu ma mère fut enceinte à la suite d’une séquestration. L’avortement fut envisagé mais sa volonté farouche d’être mère fut plus forte que toute autre décision rationnelle.
Les 9 premiers mois se déroulèrent sans encombre pour elle, et moi-même j’arrivais à maturation tranquillement. Je me souviens que l’accouchement ne se fit pas sans douleur par suite d’une éventration. Une grande fatigue s’en suivit et plongea feu ma mère dans une prostration dont elle mit longtemps à sortir.
Mon intégration dans sa vie ne se fit donc pas comme nous l’espérions tous les deux ; néanmoins, au fil des ans, tous les petits dysfonctionnements du commencement disparurent pour laisser place au réel bonheur d’être ensemble. Ma scolarité fut paisible. Classes et diplômes passèrent sans autres difficultés et cela eu l’avantage de ne pas créer chez feu ma mère, d’ulcération stomacale. Seule mon ralliement à la fédération française des amis du lancer de chausson lui causa un vif émoi, craignant que ce sport intensif ne me causa quelque dommage physique ou mental. Il n’en fut rien.
Adulte j’entrepris plusieurs migrations. La première vers les US. Ce continent me procurant de bonnes vibrations, je l’arpentais dans tous les sens pendant quelques années. Enfin las, je me rendis dans un pays dont je tairais le nom (l’admin aurait des ennuis ) où je fus emprisonné pour espionnage. La vérité, vous vous en doutez était plus simple : une jeune et jolie militaire tomba éperdument amoureuse de ma personne. Quelques mois s’écoulèrent avant que l’envie de bouger ne m’obligea à lui évoquer notre séparation prochaine. Une fureur latine non contenue s’empara d’elle, au point qu’elle envisagea ma castration ! Finalement, bienheureux de conserver mes attributs masculins, je ne finis qu’en prison. Quoi vous en dire ? Murs aux colorations fades, rations alimentaires fades, nuits et jours fades ! Le consulat, à l’intervention providentielle, mis fin à cette aberration et me fit goûter aux joies de la libération; d’autant que ma sublime maîtresse avait jeté son dévolu sur un autre bellâtre, m’ayant oublié du même coup.
Je rentrai en France où depuis je coule des jours heureux devant ma cheminée, avec mon chien et ma moto, dans ma campagne normande.
