Le voyageur

Je m’en étais allé pour un long voyage. A mon retour, je voulus savoir comment se portait les miens. Les nouvelles qui m’ont été rapportées n’ont pas été celles que j’espérai.
Il est rare que je fasse ainsi mais la situation l’exige. Je dois constater en personne. J’ai choisi une grande ville. Y vit toutes sortes d’individus, de races, de couleurs, pauvres et riches. Côte à côte sont l’opulence et la misère. Comme partout ailleurs hélas.
« Je prends encore quelques instants avant de remonter. De ma place je vois le pont des Arts et le Louvre. J’observe et j’écoute. Tant de vies se croisent sans s’entremêler. Jamais un sourire, pas plus qu’un bonjour ! Mes trois jours et trois nuits ont été bien tristes. Ils m’ont suffisamment appris. J’ai du dormir dehors, personne ne m’a offert ne serait-ce qu’un endroit, je ne sais pas, pas une étable il n’y en a plus, mais un endroit où dormir ; personne ne m’a offert à manger, pourtant j’ai demandé. A mes « bonjour, comment allez vous, puis-je vous être utile ? », j’ai reçu regards interrogateurs, parfois méprisants, même insultants. Tous sont devenus méfiants, à juste titre bien souvent. Pourtant, beaucoup d’entre eux auraient besoin d’un peu de consolation, d’un peu d’aide et même plus parfois. D’amitié, d’amour c’est sûr. Que font-ils ? Ils se sont inventés pleins de moyens de communication comme ils disent. Jamais ils ne se sont senti aussi seuls. Ils se sont inventés une vie… mais quel genre de vie ? Quels sentiments, quels intérêts sont devenus les moteurs de leurs vies ? Pourtant vu dans haut, elle est toujours belle, la terre. Qu’ont-ils fait ? Que sont-ils devenus ? Je ne peux plus leur donner davantage. » J’ai sondé leurs cœurs et leurs vies pour savoir. « Monsieur ? » « MONSIEUR ? » « Oui Madame ?». « Je vous observe depuis tout à l’heure, vous avez l’air frigorifié. Vous n’avez pas l’air d’avoir le moral… avez-vous faim ? » « Je vous remercie pour tant de sollicitude, mais tout va bien ne vous inquiétez pas. C’est très gentil à vous. » « Vous savez mon gendre est pompier et sa future femme, ma fille, est infirmière. Ils se sont rencontrés aux urgences de l’hôpital. Chez nous on a pas l’habitude de laisser les gens qui vont pas bien. C’est comme ça. C’est pour ça que … quand je vous ai vu, je me suis inquiétée ». « Je leur souhaite une vie pleine de paix, ainsi qu’à leurs futurs enfants. Veuillez m’excuser mais il est temps pour moi de partir. J’ai entendu ce que je voulais. » « Bonne journée Madame » « à vous aussi ». Oui, il y a encore de bonnes choses : il y a encore des vies qui se donnent aux « autres » au mépris des difficultés que cela cause dans leur propre existence, il y a encore des cœurs dans lesquels il reste un peu de place pour « l’autre », il y a encore des mains qui se tendent sans chercher retour, il y a encore de l’amour tout simplement. S’il savait comme j’apprécie ! Bien, il est temps. Je les laisse se débrouiller encore un peu tout seul. Je pars à nouveau parce qu’il le faut mais je reviendrai. Je ne peux pas faire autrement de toute façon. Ils me sont si chers. Si seulement….

3 Réponses à “Le voyageur”

  1. gnieark dit :

    c’est positif.

    ça me fait un peu passer à Forest Gump la rencontre sur un banc.

  2. Emma dit :

    Mais qui est le narrateur? J’imagine pleins de choses, mais je reste sur ma faim en fait.

  3. johnconnorsan dit :

    je suis satisfait que tu puisses imaginer plein de choses car c’était précisément l’effet escompté. alors même si je connais le voyageur je ne te dirais pas qui c’est…na !:)

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