ESQUIMOS POUR TOUT LE MONDE

J’ai pris une grande résolution ! A partir de dorénavant, je ne veux plus être un plouc. C’est dur, ici, de ne pas rester idiot. A part la neige, la glace, le froid, les quelques heures de lumière par jour, il n’y a rien. Depuis l’arrivée d’internet (le gouvernement a connecté tous les habitants de la région gratuitement, car selon eux, c’est encore plus efficace contre le suicide que les lampes de luminothérapie ou les clubs d’origami, qui existaient jusqu’ici contre cela.) c’est plus simple de se tenir au courant. Mais pour être franc, la cyberculture, les autoroutes de la connaissance, tout cela ce ne sont que des mots, du blabla ! La vérité, c’est que ce n’est pas parce que tu liras en détails un site sur la musique que tu sauras en jouer, ou que tu vivras l’émotion d’un concert, ni parce que tu commenteras régulièrement un blog que tu pourras te sentir intime avec son auteur. La semaine dernière j’ai découvert avec curiosité les nouveaux modèles de vérandas que l’on vend même en Angleterre, et grâce auxquelles les gens peuvent non seulement agrandir leur maison, profiter de la lumière, mais aussi bronzer. Eh bien croyez-moi, sur internet c’est chouette, ici, c’est niet ! Pas assez d’ensoleillement sur votre territoire, qu’ils m’ont répondu dans un mail peu convivial. Ce qui me manque le plus, ce n’est pas les gadgets améliorateurs de confort, mais le contact humain. A part ceux qui y sont nés, et les militaires qui gardent la base de VadsǾ, personne ne vient ici. Entre nous, c’est-à-dire, Yabuk,Kouli et moi, il faut reconnaitre qu’il y a de l’entraide et que cela nous permet de survivre. Mais pour devenir un humain comme ceux dont je lis la prose sur le net, je veux rencontrer des gens. Par hasard. Ou en se donnant rendez-vous. Je veux pouvoir inviter plus de deux personnes pour manger mes roll-mops à la vodka. J’aimerais tant que ces rencontres m’apprennent des choses. J’ai lancé un projet. J’en ai parlé au chef, Yabuk. On a lancé le projet « Pas de SDF sur la banquise. » Si vous connaissez un SDF, inscrivez-le. S’il gagne le tirage au sort, il fera partie des 20 personnes à qui nous offrirons un igloo, ici, dans le Finnmark. Et nous deviendrons enfin un vrai village. Et ce sera ma victoire.

En campagne

Tout a commencé par cette idée de vacances. Il faut bien que ça commence un jour, et là, ça a débuté avec une sombre histoire de « et si on prenait le vert », j’avais compris « et si on prenait un verre ».

Me voilà donc dans la voiture, depuis trois heures qu’on roulait, je me doutais que nous n’allions pas boire un verre. Alors j’ai pris la résolution de me taire. Cela ne le dérangeait pas de parler tout seul, il devenait dingue je crois.

Nous avons fini par arriver, c’était le pays des tracteurs « so sixtys ». Je n’allais pas m’en remettre. Nous étions en plein mois de juillet, il faisait 30° partout et ici on culminait à 15° selon le thermomètre de la voiture qui est toujours très généreux.  J’ouvris la portière, je posais ma sandale de fille de superficielle, le froid me saisit un de mes orteils manqua de geler. Ça commençait mal il tenait sa première victoire à travers ma tenue.

En vérité, je ne supportais pas la campagne, je m’y sentais mal, je n’aimais pas passer mes journées à ne rien faire, un stage sur l’art de l’origami m’aurait fait le même effet pour mes vacances.

J’étais tombée dans un pays où ils parlaient encore en franc, où je ne comprenais qu’un mot sur deux, le patois, ce n’est définitivement pas mon truc. Je me suis mise à l’« entraide », je ne connaissais pas ce mot, les ploucs me l’ont gentillement expliqué en me disant qu’essuyer les assiettes c’était de l’entraide. Il aurait pu m’éviter ça, mais non. A  la place de la soirée « bonne paye », je suis partie me coucher.

Le lendemain, je me suis levée, je suis descendue dans le jardin, mais juste avant de toucher la pelouse du bout du gros orteil, je me suis payée la véranda, c’était son idée la véranda, il m’assommait…

La déposition

Vous comprenez Monsieur l’inspecteur, quinze ans que je vivais avec ce plouc, menteur, coureur de jupons, je ne le supportais plus. Alors oui, pour moi, c’est une grande victoire, mais bien sûr, vous, vous appelez ça un meutre. Laissez moi vous dire toute la vérité.

C’est arrivé ce mardi, avant hier donc. Il était encore là, dans la véranda, à faire ses horribles origami. Il y en a partout dans la maison, comme s’il marquait son territoire, comme un chien qui pisse partout, vous voyez. Moi, je n’en pouvais plus de ça, au lieu de s’occuper de moi. Mais, il s’en foutait complètement. Il n’en a toujours fait qu’à sa tête, ce qui lui importait, c’était lui, et lui seul. Quel égoïste… Jamais je ne l’ai vu faire preuve d’entraide, de compassion ou d’empathie. Rien, que sa gueule à lui. Et puis, pas franc, voyez, sournois, méchant, jamais un mot gentil pour personne, même pas pour moi, qui suis sa femme. Alors, en début d’année, je n’ai pris qu’une seule résolution, l’éliminer. Je sais que ça peut paraître froid dit comme ça, et vous auriez raison. Vous pouvez noter que c’est un crime prémédité. Oh que oui… J’ai eu plaisir, monsieur l’inspecteur, oui, vraiment plaisir à lui tirer cette balle dans la tête. Avec sa propre carabine en plus !!!!

Il a quand même eu le temps de voir venir, je me suis plantée devant lui, pointant l’arme. Il a levé les yeux vers moi et a rit. Oui, il a rigolé, il ne m’en pensait pas capable… Il a reprit une feuille de papier, et boum !!!! Je lui ai fait sauté le caisson, qu’est ce que ça m’a soulagé… Et puis, je vous ai appelé, voilà, monsieur l’inspecteur, je n’ai pas grand chose d’autre à rajouter.

Défi n°10 : Les mots

Elle était assise dans un canapé en rotin, dans la véranda. Cette femme n’était plus toute jeune, mais elle avait toujours ce profil aristocrate et cette allure si gracieuse. Son chignon laissait échapper quelques fines mèches dans sa nuque. Elle était penchée au-dessus de la table où étaient éparpillés ces petits cartons de toutes les couleurs pliés selon des formes étudiées. Elle prenait toujours autant de plaisir à ses compositions d’origami. Ses origines chinoises de par sa mère l’auraient plutôt dirigée vers la calligraphie, mais elle aimait créer tout un univers et se raconter des histoires avec ces petits bouts de papier.

Lorsqu’elle osait s’avouer la vérité, certains jours, au fond de son cœur, elle savait qu’elle n’avait jamais oublié ce jeune chinois qu’elle avait tant aimé lorsqu’elle avait vingt ans. Et la guerre d’Indochine les avait séparés. Elle avait dû rentrer en France. Elle s’était mariée avec un homme qu’elle trouvait sans grâce, un peu plouc, comme disait sa grand-mère. Mais à leur arrivée en France, sa famille était un peu démunie. Il avait fallu accepter l’entraide pour survivre et continuer à aller de l’avant. Et cet homme, un peu froid, même s’il se montrait un peu fruste, avait un regard franc. Sa sincérité ne s’exprimait pas forcément avec des mots, mais lorsque ses yeux bleus se posaient sur elle, elle y lisait toute la tendresse, toute l’admiration qu’il ressentait à son égard. Il savait la rassurer.

Elle préparait toute une histoire, illustrée par ses personnages de papier, une jolie histoire d’amour qu’elle irait raconter demain au centre pour enfants qu’elle animait tous les jeudis. C’était un peu son histoire qu’elle aimait partager avec des enfants, une petite victoire sur son chagrin. Elle avait désormais pris la ferme résolution d’être heureuse et de cesser de ressasser son passé.

Defi n°10, Jailer

Comme chaque après-midi lors de ces courtes journées d’hiver, je pénètre dans la véranda afin de m’isoler un peu. J’aime contempler le paysage triste et froid de notre jardin qui laisse entrevoir des arbres semblant avoir perdu toute vie. Ce qui me plaît par dessus tout, c’est de savoir qu’ils retrouveront vie vie d’ici quelques semaines comme chaque année, un peu comme moi il y a peu.

Afin de me réchauffer, je me suis fait couler un café du dernier cadeau offert par mon épouse pour Noël. Quelle victoire : j’ai réussi à échapper aux habituels cadeaux tous plus horribles les uns que les autres : pull à damiers, cravates à pois ou encore chemise à l’effigie des héros de Walt Disney ou Tex Avery. Au moins, cette cafetière je m’en servirai et elle ne finira pas cacher au fond de mon armoire.

J’ai enfin trouver les mots pour lui dire. Il suffisait d’être franc : « Chérie, chaque fois que j’enfile l’un de tes cadeaux, j’ai l’air d’un vrai plouc ! Souhaites-tu que je t’inscrive dans un groupe d’entraide pour le choix de cadeaux utiles et qui font plaisir ? Pourrais-tu juste une fois penser à quelque chose de plus utile ? »

Cela m’a coûté deux semaines de vie relativement pénible, mais aujourd’hui, ça va mieux : les fêtes sont passées.

J’ai par là même trouvé l’une de mes résolutions pour cette nouvelle année : je n’hésiterai plus à dire à ma moitié ce que je pense quoi qu’il puisse m’en coûter : ma vie ne doit plus ressembler à un origami dont je serai le spectateur mais plutôt à un un dont je serai au moins l’un des acteurs.

Defi n°10

Il est sorti dans la véranda du salon de thé, d’un pas décidé il a rejoint le bureau voisin. et a dit juste un mot:
« _Venez »
C’était un ordre, du moins le ton grave a fait qu’ils ont suivi.
Il a fait de même dans toute l’administration. Il les a conduit dans notre bureau.
c’était impressionnant, la pièce est toute petite et encombrée avec nos trois postes de travail. A une trentaine le froid de janvier a disparu.

Il a pris la parole.
« _Arrêtons de cacher la vérité.
Vous pensez tous la même chose. Tous les groupes de travailleurs dans cet établissement murmurent que nous avons une direction de plouc! Il manque la cohésion et l’entraide pour que ça bouge. »

Il chercha ses mots, saisit l’origami qui était posé sur mon bureau puis le reposa.

« _Notre directeur a endormi les délégués de la CGT avec des méthodes de franc-maçons, en leur finançant des formations promotionnelles auxquelles ils n’ont pas le profil. »
« _Les autres personnes qui ont la trempe pour déclencher un mouvement sont tenues en respect par des éventuelles évolutions de carrière précaires. »
Ajouta-t-il en me regardant.
« -Avez vous remarqué que ces trois dernières années, toute une partie du personnel a été renouvelée, dont tous les personnels de catégorie A et B , la moitié de l’administration et du technique? Le malaise dans cette administration publique vient d’où? Il ne reste que la direction à renouveler.
Je vous propose une résolution pour l’année 2010. Une grève pour la démission de la direction et de sa concubine fraichement promue cadre supérieur et directrice adjointe.
Si le mouvement est suivi, c’est la victoire assurée. Ils ne resteront pas après ça. »

Défi n°10 : Les mots

Et voici le défi n°10

Le premier de 2010…

Et en plus je fais des rimes!

Ed et Zapette me laissent l’honneur de choisir le premier sujet de l’année, j’ai donc positionné mon cerveau sur on, et mon cerveau + la mise à contribution des collègues de travail, twitter donne une jolie liste de mots à inclure dans un texte de 300 mots environ:

  • Résolution
  • victoire
  • origami
  • véranda
  • froid
  • plouc
  • vérité
  • mot
  • franc
  • entraide

Je nous donne jusqu’au jeudi 14 janvier pour répondre, c’est le début d’année, on ne va pas courir!

Et j’allais oublier, Bonne Année!