La cloche retentit de toutes ses vieilles forces mais le son peina à parvenir. Il ressemblait à une vieille femme qui à du mal à parcourir la distance. L’épais manteau blanc semblait vouloir tout absorber, même  la moitié de mes jambes disparaissait à chaque pas.

Le vent, pas encore réveillé en cette heure matinale, me laissait profiter de ce paysage à souhait bucolique. Les pâturages, vierge de toutes traces; les immenses bâtons glacés qui furent, jusqu’à il y a peu des peupliers; ma p’tite chaumière normande dont le toit semblait fait d’une neige en réalité frivole; tout me portait à prolonger la douce torpeur de mon sommeil récent. Même les moineaux du coin semblaient être restés devant leur feu de cheminée. Un lundi « no stress » commençait à la maison… Génial.

Mes pensées traînaient langoureusement sur celle qui était restée bien au chaud, sous la couette. Les pâles lueurs de l’aube me semblaient délicieuses. Je dépassais lentement la ferme de mon voisin où rien ne bougeait. Point de cette activité fiévreuse si commune aux matinées, la moquette blanche à trop d’épaisseur aujourd’hui pour être franchie me dis-je. A peine avais-je dépassé les derniers hêtres montés sur leur imposant talus, que l’entrée du village s’offrit à moi. Point de chalets, ni de luges solitaires nonchalantes devant la porte, simplement un petit village normand fait de vieilles bâtisses harassées par le poids des âges, fait de pavillons impersonnels, habités de meubles impersonnels…. seul quelques rares enfants que la joie de rester à la maison avait fait lever de leur lit, s’affairait déjà à quelque construction neigeuse improbable. Mon petit Pierre, boulanger de son état, était là devant moi, derrière la porte vitrée de sa modeste boutique…. humm….. Croissants et petite baguette seraient au menu de ce matin. J’entrevoyais déjà mon retour : ma douce m’attendrait dans son peignoir, ses cheveux blonds en désordre témoigneraient encore d’une bataille nocturne où comme à l’habitude l’oreiller aura gagné sur la permanente, le café sera chaud, nous serons bien…. Encore ce BRUIT….Maudit réveil…une voix me parle… »Oui je sais, j’devrais être levé depuis une demi-heure »…. »j’étais bien les yeux fermés »… Déjà en retard… Coup d’œil dehors … »Humpffffff….même pas de neige…de toute façon à la météo…. raconte n’importe quoi ! »…. »allez faut s’dépêcher »…Coup d’oeil sur la pendule « en retard »…vite…café, tartine…vite…douche, pompes…vite…Coup d’oeil sur la montre « en retard, faut s’dépêcher »…sortir la voiture, la bécane…j’enfile mon casque… Coup d’oeil sur la pendule du clocher pour avoir l’heure même si ça ne sert à rien; je le sais depuis longtemps, « en retard comme d’hab »…8h00…. »j’commence à 8h00 !!!!  m’en fout »… et comme pour le début d’un combat de boxe, la cloche retentit.

5 Réponses à “Dure journée”

  1. Gnieark dit :

    bienvenue johnconnorsan ;)

    au fait demain… leve toi! :p

  2. Agathe dit :

    Hum, poétique, sensuel, très agréable.

  3. Jailer dit :

    Eh oui, ne jamais croire la météo. Même dans ses rêves.
    Bienvenue à toi.
    Et très joli texte…

  4. Ed dit :

    J’aimerais me rappeler de beaux rêves comme ça !

  5. johnconnorsan dit :

    merki ! c’est encourageant ! je devrais toujours garder les yeux ouverts !

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