Défi n°7, Gnieark

On y pensait depuis longtemps, depuis l’installation du blog en fait, il y a une semaine. Emma voulait que le nom de l’auteur apparaisse dans le titre d’un billet.

Mais il y a plein d’autres choses dont on pensait depuis longtemps. Avant hier soir je ne l’ai pas fait, hier non plus. On pensait depuis longtemps aussi à réparer l’ordinateur de ma maman, à faire un peu de ménage dans ce bordel environnant, à avancer sur un projet de logiciel d’inventaires, sur celui de gestion électronique de documents, à faire des courses, à regarder « Coraline » de Tim Burton.

Je savais comment faire pourtant, il me fallait trouver dans les fichiers du template la fonction qui appelle le nom de l’auteur et la copier au bon endroit, ça n’aurai pas pris plus d’un quart d’heure. Mais ça faisait longtemps que je pensais à trop de trucs.

Du coup, je viens seulement d’ajouter à l’instant

« <h1> par <?php the_author_posts_link(‘nickname’); ?></h1> »

dans le template de wordpress.
A présent, je pense depuis 5 minutes à mon estomac.

Défi n°7 : Ed

On y pensait depuis longtemps. Il y a vingt ans ce n’était qu’un rêve, que l’on remodelait un peu à chaque vacances: une idée agréable, une odeur de vent marin et de vinaigre de malt, une couleur ambrée de bitter locale, l’image d’un petit cottage à la campagne, l’humour des amis qu’on s’imaginait retrouver au quotidien. Plus la retraite approchait, plus l’on se renseignait: la sécurité sociale, la banque, le prix des loyers, les régions les plus abordables. Bloggeuse acharnée, j’avais contacté des expatriés pour obtenir des témoignages. Certains nous confortaient dans notre projet et nos espoirs. D’autres nous faisaient peur. Des déçus congénitaux essayaient de nous dissuader. Enfin, le 1er juillet 2023 je fus en retraite. Ce fut une belle journée. Il faisait soleil, et dès lelendemain nous avons commencé à vider la maison, trier, empaqueter. Nous n’emporterions que les plus beaux souvenirs. Des photos, des livres, nos disques durs. Le reste, nous l’achèterions sur place. Les meubles anglais ont du charme, si l’on se passe du feu artificiel. Les nouveaux propriétaires voulaient s’installer le 1er septembre, date à laquelle nous aurions nos clés pour notre nouvelle maison. Quel timing! Je regrettais parfois de vieillir, mais ce jour-là, j’ai senti que l’âge m’aidait à bouger «léger». Plus jeune, je m’accrochais aux objets, aux lieux. Cette fois, je partais sans déchirement. Et aujourd’hui, je ne regrette rien. Cela fait dix ans déjà. J’ai des nouvelles des amis et de ma famille par internet. Certains font même le voyage parfois. La vie ici nous convient. Le champagne et le foie gras sont un peu chers, mais j’y pense parce que c’est noël. Le reste du temps, le thé, la bière et le stilton me suffisent. Ca valait la peine de rêver.

Défi n°7, Zapette

On y pensait depuis longtemps, d’avoir un enfant. Sept ans déjà que nous étions ensemble, nous avions pris notre temps pour construire notre amour sur des bases solides. Au début, Julien terminait ses études, il voulait être éducateur de rue. Moi, j’enseignais pour ma première année. Depuis, nous nous étions installés. Je travaillais à l’école primaire de notre village et Julien partait chaque jour sur Paris, à la rencontre des sans-abris.

J’avais arrêté la pilule depuis plus de six mois, et nous faisions l’amour sans relâche… J’étais à l’affut du moindre signe qui m’indiquerait que nos efforts avaient payés. Nous le désirions tellement, cet enfant. Ce matin là, Julien était parti aux aurores, j’avais, de mon côté, quartier libre, puisque nous étions mercredi. Je flânais encore au lit lorsqu’une violente nausée me fit courir aux toilettes. Était-ce le signe tant attendu… Par superstition, je n’avais pas acheté de test de grossesse mais me rendis à la pharmacie dans la matinée. Je m’empressais, en rentrant, d’uriner sur la bandelette que j’espérais voir virer au bleu. Les quelques minutes de patience me parurent durer une éternité. Enfin, la couleur vira au plus beau bleu que je n’eus jamais vu. Je laissais exploser ma joie, seule, dans la salle de bains. Je décidais de préparer un repas aux chandelles pour le soir même, je m’autoriserai, à cette occasion, une coupe de champagne avant de faire abstinence pendant plusieurs mois. Je n’appelais pas Julien et m’affairais toute la journée, oubliant presque les nausées.

Je fus surprise par le coup de sonnette, en fin d’après-midi. Ce pouvait être Julien, mais il n’oubliait jamais ses clés. En ouvrant la porte, je tombais nez à nez avec deux gendarmes qui vérifièrent mon identité puis demandèrent à entrer. Je les fis asseoir au salon.

“Madame, quelque chose de grave est arrivé à votre mari.”

J’avais trop peur de comprendre, il durent le voir sur mon visage, le plus grand des deux reprit:

“Je suis désolé Madame, mais votre mari a été assassiné, poignardé par un SDF.”

La pièce dansa autour de moi, une grande bouffée de chaleur m’assaillit, aussitôt suivie par une vague de froid glacial. Je sentis tout mon être vaciller, mon ventre se tordre de douleur. Les visages des deux gendarmes reflétaient l’inquiétude, ils continuaient à me parler, mais je n’entendais qu’un lointain bourdonnement. Je m’évanouis.

C’est ce même jour que je perdis l’enfant que nous avions tant désiré.

Défi n°7 – Emma

On y pensait depuis longtemps, je n’ose même pas vous raconter comment on avait pu passer à côté de ça. Celà faisait au moins des mois que nous y pensions, de long mois où nous y réfléchissions la tête plus ou moins reposée, embrumée. Ce n’était pas une question d’émotion, ce n’était pas non plus une question de manque de courage. Quelque chose nous rebutait à le faire. Peut-être l’odeur, quand on ouvrait cela devenait insupportable. Alors on gardait cette porte fermée, toute l’année…

Pourtant, il fallait qu’on le fasse, même si ça nous rappelait des souvenirs, même si c’était sympa au départ. Mais on n’aurait jamais du mettre ce truc là. Ce n’est même pas décoratif.

Et puis, ce matin, nous avons décidé, nous l’avons fait. Nous avons jeté nos baskets puantes.