On y pensait depuis longtemps, d’avoir un enfant. Sept ans déjà que nous étions ensemble, nous avions pris notre temps pour construire notre amour sur des bases solides. Au début, Julien terminait ses études, il voulait être éducateur de rue. Moi, j’enseignais pour ma première année. Depuis, nous nous étions installés. Je travaillais à l’école primaire de notre village et Julien partait chaque jour sur Paris, à la rencontre des sans-abris.
J’avais arrêté la pilule depuis plus de six mois, et nous faisions l’amour sans relâche… J’étais à l’affut du moindre signe qui m’indiquerait que nos efforts avaient payés. Nous le désirions tellement, cet enfant. Ce matin là, Julien était parti aux aurores, j’avais, de mon côté, quartier libre, puisque nous étions mercredi. Je flânais encore au lit lorsqu’une violente nausée me fit courir aux toilettes. Était-ce le signe tant attendu… Par superstition, je n’avais pas acheté de test de grossesse mais me rendis à la pharmacie dans la matinée. Je m’empressais, en rentrant, d’uriner sur la bandelette que j’espérais voir virer au bleu. Les quelques minutes de patience me parurent durer une éternité. Enfin, la couleur vira au plus beau bleu que je n’eus jamais vu. Je laissais exploser ma joie, seule, dans la salle de bains. Je décidais de préparer un repas aux chandelles pour le soir même, je m’autoriserai, à cette occasion, une coupe de champagne avant de faire abstinence pendant plusieurs mois. Je n’appelais pas Julien et m’affairais toute la journée, oubliant presque les nausées.
Je fus surprise par le coup de sonnette, en fin d’après-midi. Ce pouvait être Julien, mais il n’oubliait jamais ses clés. En ouvrant la porte, je tombais nez à nez avec deux gendarmes qui vérifièrent mon identité puis demandèrent à entrer. Je les fis asseoir au salon.
“Madame, quelque chose de grave est arrivé à votre mari.”
J’avais trop peur de comprendre, il durent le voir sur mon visage, le plus grand des deux reprit:
“Je suis désolé Madame, mais votre mari a été assassiné, poignardé par un SDF.”
La pièce dansa autour de moi, une grande bouffée de chaleur m’assaillit, aussitôt suivie par une vague de froid glacial. Je sentis tout mon être vaciller, mon ventre se tordre de douleur. Les visages des deux gendarmes reflétaient l’inquiétude, ils continuaient à me parler, mais je n’entendais qu’un lointain bourdonnement. Je m’évanouis.
C’est ce même jour que je perdis l’enfant que nous avions tant désiré.